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Bilan des changements climatiques passés et futurs : Rapport pour Action Contre la Faim

Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement (CIRED)
Philippe Roudier et Philippe Quirion
Juin 2009

24 juin 2020

Les changements passés
Le Mali, tout comme le reste de l’Afrique de l’Ouest, a connu des changements climatiques importants au cours des dernières décennies, avec notamment une forte baisse de la pluviométrie depuis 1970. Cette baisse a diminué les rendements des cultures et a poussé les agriculteurs à diminuer la pratique de la jachère et à coloniser de nouveaux espaces, modifiant ainsi l’occupation des sols et diminuant leur fertilité.
Ces modifications ainsi que la diminution de la pluie ont eu des effets importants sur le cycle de l’eau et particulièrement les écoulements de surface, mais la tendance dépend de l’endroit où on se trouve au Mali : certains débits ont tendance à augmenter, d’autres à diminuer. De telles variations sur des échelles de temps de l’ordre de la décennie ont des implications sur le dimensionnement d’ouvrage comme les barrages.
Enfin, on peut noter que la hauteur d’eau dans les nappes a tendance à augmenter ces dernières années dans la zone sahélienne, mais que ce phénomène est induit par les changements d’occupation des sols passés : il y a en effet un temps de latence qui laisse à penser que la situation actuelle n’est toujours pas à l’équilibre.
Prédictions et changements futurs
La science climatique a fait depuis plusieurs années d’importants progrès dans la prévision du climat à moyen et long terme grâce à l’avènement de modèles. Ceux ci permettent notamment de donner des informations sur les températures et les précipitations ainsi que sur une multitude d’autres variables (débits, rendements…) si on les couple avec d’autres modèles (hydrologiques, agronomiques…).
Malheureusement, la prédictibilité des précipitations en Afrique de l’Ouest est très mauvaise et ne permet pas de donner d’informations avec une bonne confiance comme c’est par exemple le cas sur la méditerranée. Si les modèles s’accordent globalement pour prévoir une augmentation de la température moyenne, environ la moitié prédit une baisse des précipitations alors que l’autre prédit une augmentation. Dès lors toute étude d’impact est associée d’une très grande incertitude puisque se cumulent les incertitudes sur les émissions de gaz à effet de serre et sur les modèles de cycle du carbone, de climat et d’impact (agriculture…), incertitude qu’il n’est possible de saisir qu’en prenant en compte plusieurs modèles climatiques donnant des prévisions opposées et plusieurs scenarii climatiques. Ainsi, pour un preneur de décisions, se fonder sur une étude avec un unique modèle peut amener à des conclusions erronées et donc dangereuses. Il faut à cet égard remarquer que la plupart des études déjà réalisées n’utilisent qu’un ou deux modèles.
Ainsi, les changements sont assez difficiles à prévoir au Mali, même si des pistes sont proposées. Il faut ajouter que la littérature semble souligner le rôle important pour le futur du changement d’occupation des sols (déforestation, augmentation des pâturages…) dans les changements, notamment du cycle de l’eau. Ces changements pourraient avoir plus d’impacts que ceux liés à la modification du climat global.